Notre voyage commence au nord de la Thaïlande, dans la ville de Chiang Khong. C’est une ville frontalière de passage située au bord du Mékong, sans charme et sans intérêt particulier. Au petit matin, nous rejoindrons Huay Xai pour y traverser la frontière et embarquer au bord d’un « sampan », un bateau lent en bois à longue queue, qui nous mènera jusqu’à la cité sacrée de Luang Prabang. On se demande dans quelles conditions nous allons voyager ces deux prochains jours…L’engagement de la Suisse au Laos offre à ses chers concitoyens (dont je fais partie) l’accès au pays sans visa. En quelques minutes, mes formalités étaient réglées. Pour Yann, ce fût une autre histoire… Lorsque les douaniers se sont finalement décidés à terminer leur pause déjeuné, ils l’informent qu’il ne peut pas rentrer au Laos car son passeport n’est pas valable! Branle-bat de combat, on tente de leur expliquer que nous auront quitté le Laos avant la fin de la durée de validité de son passeport. Il sera échu seulement quelques jours après notre départ et l’employé de l’administration douanière nous fait ressentir qu’il ne faut pas jouer avec les limites des règles. Les réponses sont sèches. Il est peu enclin à entrer en matière lorsque Yann lui schématise le délai de validité sur un bout de papier pour prouver le bien fondé de ses dires. On s’imagine déjà devoir annuler la suite de notre voyage au Laos…

J’agite mon passeport suisse sous le nez du douanier dans l’espoir que l’amitié qui lie nos deux pays aidera dans la négociation. Yann affirme que je suis sa femme et qu’il ne peut pas me laisser voyager seule. Il nous fait patienter (…et stresser) encore quelques minutes avant de finalement apposer le tampon libérateur qui nous permettra de poursuivre notre aventure. Pfiou, on a eu chaud!

A l’embarcadère (une pente caillouteuse et boueuse), on découvre des dizaines de bateaux amarrés, entassés les uns à côté des autres. Nous sommes les premiers à monter à bord et à découvrir notre embarcation, ce qui nous offrira le choix des sièges (de voiture!). Après avoir été invités à oter nos chaussures, nous opterons pour deux sièges sans vis-à-vis, à l’avant, éloignés du moteur bruyant. Le fond du bateau est équipé d’une toilette et d’une petite cuisine rudimentaire mais fonctionnelle.

Durant les deux jours à venir, nous allons glisser au fil du légendaire Mékong, la « mère de tous les fleuves » séparant la Thaïlande du Laos, et nous laisser bercer et imprégner par des paysages spectaculaires. Sur les deux rives, une jungle dense couvre les reliefs escarpés, des champs de plantations, des rizières, des buffles qui paissent, des plages de sable et des rochers découverts à la saison sèche. Des enfants jouent nus dans l’eau limoneuse, les pêcheurs installent leurs lignes en bambou, des fermiers cultivent leur terre ou même des chercheurs d’or tamisent le sable. Le Mékong est l’artère de vie du Laos: une route commerciale majeure, une source de nourriture et d’eau, et un centre social qui lie tous les villages parsemés le long de son itinéraire. Les villageois vivent dans une pauvreté extrême mais nous accueilleront avec un sourire sincère et touchant. Les enfants tenteront de nous vendre toutes sortes de babioles de l’artisanat local: étoles, bracelets ou alcool de riz. Refusant de participer à ce commerce touristique, nous nous échapperons à la rencontre des locaux en dehors de la voie touristique officielle.

Le soir, nous ferons un arrêt dans le village dortoir de Pak Beng pour la nuit. C’est l’arrêt obligatoire pour les dizaines de bateaux transportant un flot de touristes chaque jour. On y passera la nuit dans un « hôtel » correspondant aux standards laotiens. Le lendemain matin, le village et le Mékong sont couverts par une couche de nuages denses qui se disperseront au déjeuné et laisseront apparaître un couple d’éléphants au bord de l’eau. Le spectacle est majestueux. On réalise que nous sommes au coeur du « pays au millions d’éléphants ».

Le lendemain, nous poursuivrons notre itinéraire vers Luang Prabang, parfois dépassés à toute allure par un « speed boat » qui slalome à pleine vitesse entre les rochers, dans un vacarme incroyable en plus d’être un vrai danger, remplis de touristes inconscients casqués et secoués par les vagues.

Avant d’arriver à l’embarcadère de Luang Prabang, nous ferons une halte aux grottes de Pak Ou, au pied d’une falaise abrupte, lieu de pèlerinage et l’un des symboles religieux les plus précieux de la région, elles abritent des milliers de bouddhas qui ont été déposés par les fidèles.